La folie concerne tout le monde [...]
La folie est un possible pour tout être humain, et il faut prendre les mots au sérieux. Est « fou » ce qui est « pas normal », et aussitôt la question rebondit : « normal » c’est quoi ? Qu’est-ce que c’est vivre normalement ? Accepter la réalité ? Quelle réalité doit-on accepter ? Jusqu’où faut-il accepter la réalité ? Est-ce que vouloir changer la réalité c’est être fou ? Pour Freud, la santé mentale c’est être assez névrosé pour tenir compte de la réalité, et suffisamment psychotique pour vouloir la transformer.[...]
J’ai écrit Louise, elle est folle parce que la réflexion sur « la folie » est pour moi une façon d’interroger la société comme elle est, conformiste, consensuelle, normative et publicitaire, sans manque… et très folle.
La folie renverse nos certitudes et questionne la société et le monde à partir de la mise en cause de ce qui est, soi-disant, normal. Pour un écrivain ce questionnement concerne en premier lieu – mais bien sûr pas seulement – le langage qui, sous des apparences anodines, peut à tout moment suivre une pente autoritaire et se figer en clichés [...]
C’est cette « civilisation du cliché » comme je l’ai appelée que Louise, elle est folle veut présenter, rendre sensible, mettre en scène, pour ouvrir la réflexion à ce que pourrait être une éthique de la parole, du langage et du rapport à l’autre. [...]
Ces auteurs [ Dardot et Laval, Serge Daney] analysent l’évolution de la société d’aujourd’hui. Chacun à leur façon et à partir de leur objet d’étude ils en dévoilent la folie, et ils mettent l’accent sur la normativité, la contrainte implicite mais réelle, sur le comportements et les façons de penser imposés. Dans les deux cas cela continue pour moi la réflexion sur l’éthique du langage et « la civilisation du cliché ». [...]
l’éthique de la parole et du langage qui maintient un questionnement, la place pour le questionnement, l’échange, la rencontre, l’ouvert,
qui porte une recherche, une exploration, du jeu,
qui refuse le dernier mot, le discours, l’argument d’autorité, le moi moi moi, la facilité et l’agressivité du cliché.
Leslie Kaplan Les armes de la fiction P.O.L 2025
Fiction et politique
(Sur la pente autoritaire du langage dans les contextes de formation, voir aussi mes deux petits livrets :
Hébrard, P. La question du pouvoir dans les pratiques d’enseignement et de formation.
et Discours d’autorité ou parole d’autorisation. Puéchabon : Ours éditions, 2020.