Un séminaire (Pascal Nicolas-Le Strat)

Ce séminaire est né d’une hypothèse : en l’absence d’un système de références partagée qui s’imposerait d’évidence, le séminaire ne peut forger sa cohésion que dans son rapport à lui -même, dans son rapport à la situation que, progressivement il va déterminer, et dans son rapport au dispositif qu’il forme au fur et à mesure de ses travaux et qui, en retour, lui donne forme. Il s’originait donc dans une indétermination assumée et revendiquée. (p. 56)

Qu’est-ce qui développe ou restreint notre capacité de penser ? Penser nous confronte à une incertitude qu’il est plus commode de combler que d’explorer. La tentation est donc grande de souscrire aux normes de penser propres à nos institutions d’appartenance. A quelles conditions ou à quelles occasions sommes nous encouragés à sortir des savoirs constitués que la société met à disposition ? Penser revient-il à penser dans les normes ? Est-il envisageable de mettre en réflexion les normes à partir desquelles le travail de penser s’exerce ordinairement ? Peut-on penser et, dans le même temps, discuter les conditions normatives qui en balisent l’exercice ? (p. 56)

Dans le séminaire chacun parle à partir de tous les propos qui l’ont précédé et c’est cette trame de paroles qui agence l’espace-temps collectif [...] Le collectif se constitue donc dans le moment même où il construit son dispositif de travail et agence sa situation de parole. [...] Chacune de ces dimensions – le collectif initiant l’échange et le dispositif instituant la parole – est tour à tour, voire simultanément, constituante de l’autre. (p. 57)

Pascal Nicolas-Le Strat, Une démocratie éprouvée, Grevis, 2026