une expérience à suivre

Pascal Nicolas-Le Strat envoie ce message le 10/11/13 :

Cher-e-s ami-e-s, bonjour,
Après la soutenance de mon HDR, je me mets (enfin !) à mon livre « Le travail du commun »… mais en y associant (peut-être !) une expérimentation sur le Net, à savoir :
- y associer le journal d’une écriture,
- proposer le livre en fabrication,
- proposer une interaction avec les lecteurs, sous la forme donc d’une écriture en lectures,
- et enfin à un niveau meta une réflexion sur ce lien entre publicisation d’une écriture et publication d’un écrit, et une réflexion sur le format électronique qui affecte conjointement la pratique d’écriture et le format même du livre. Donc une expérience elle-même expérimentée
C’est l’idée du jour ! Oups ! Je ne sais pas si je parviendrai à engager l’expérience. Mais je conviens de la publiciser dès son amorce… pour tenir la règle du jeu.
Vous trouverez donc sur mon blog (réouvert pour cette occasion) des premières réflexions sur ce projet, qui ont pris, comme souvent en la matière, la forme d’un message à Yves lOurs Koskas.
http://blog.le-commun.fr/
Si cela suscite une quelconque attention de votre part, je suis preneur de vos remarques… y compris de vos encouragements  ;-) )
Passez un bon dimanche
Bien amicalement
Pascal

Vous pouvez aussi suivre l’actualité de son livre « Le travail du commun » tout au long de son écriture, soit par Twitter : @travailducommun, soit en rejoignant sa page Facebook personnelle : facebook.com/pascal.nicolaslestrat

une citation de Derrida

« j’ai été amené à mettre en cause un certain nombre de normes institutionnelles, non seulement dans la pratique quotidienne, mais dans l’écriture, l’enseignement, la forme des questions posées, dans ce que j’écrivais enfin. ».

J. Derrida

Sur parole, Editions de L’Aube, 2005, p. 32

B. Lahire : le dire sur le faire

 

LOGIQUES PRATIQUES Le « Faire » et Le « dire sur Le Faire » Bernard LAHIRE

Recherche et formation, n° 27 – 1998. Pages 15-28.

« Ainsi, à l’opposé d’une sociologie (souvent implicite) des « valeurs », des « représentations » et des « opinions » qui reste abstraite dans tous les moments de sa pratique (entretiens recueillant ce que les interviewés « pensent », les « opinions » ou les « représentations » de ceux-ci sur le sujet qui préoccupe le sociologue, théorie qui met en avant la « philosophie » des enquêtés, leurs propos généraux, explicites et ne portant sur aucune situation pratique particulière), une sociologie qui entend saisir les pratiques et les savoirs effectifs devrait porter son regard, à défaut parfois de pouvoir directement observer les pratiques (notamment dans l’univers familial), sur l’énonciation de situations, régulières ou exceptionnelles mais toujours particulières. Il s’agit de faire parler de situations pratiques plutôt que de demander de « livrer des représentations » en général. Cela suppose, bien entendu, une bonne connaissance préalable des situations possibles. Le problème ne réside donc pas dans le fait que nous ignorons ce que nous savons et ce que nous faisons, mais que nous ne disposons pas toujours des bons cadres (contextuels et langagiers) pour parler de ce que nous faisons et de ce que nous  savons. Lire la suite

L. Kaplan : Les mots

 

Leslie Kaplan

Les mots

© Leslie Kaplan & publie.net – tous droits réservés première mise en ligne sur publie.net

le 7 avril 2009

ce texte a été publié pour la première fois aux éditions Inventaire/Invention en 2007

 

ce que j’ai en commun, ce n’est pas la situation

sociale

politique

historique

psychologique

c’est la possibilité c’est que : en tant qu’être humain,

homme ou femme,

j’aurais pu

et ça, ce j’aurais pu, cette fiction

est contenu dans les mots

dans le langage

dans le fait que les mots essaient

de rendre compte du réel

au plus près

au plus singulier

et pour cela

par ce travail

ils essaient, les mots, de rendre compte

à la fois de ce qui est

et de ce qui est possible

du désir comme du cauchemar

la littérature ce n’est pas raconter sa vie

comme les émissions

soi-disant littéraires

de la télévision

voudraient le faire croire

la littérature c’est penser, essayer, avec des mots

c’est une recherche, concrète, vivante

avec des personnages,

qui sont des porte-questions,

avec des histoires, des récits,

avec des lieux

avec de l’espace, avec du temps

la littérature, c’est :

« quelque chose se passe, et alors, quoi ? »

c’est à l’intérieur du réel le plus réel

trouver, creuser, inventer, de l’ouvert

de l’écart

du décalage

du jeu

du possible

c’est entrer en contact avec le monde

si je vis telle situation, si je l’éprouve,

qu’est-ce que ça veut dire,

qu’est-ce que je peux en dire

 

Yves Schwartz : Expérience et connaissance du travail

Yves Schwartz (1988, réédition en 2012). Expérience et connaissance du travail. Paris : Les Éditions Sociales.

Quels citations extraites de cet ouvrage :

« Il s’agit donc d’essayer de se cramponner au terrain même du travail, quelques indistinctes qu’en paraissent les limites : non pas le produit ni le moyen, mais l’acte même de faire.  »(p. 439).

« L’activité de travail s’est toujours plus ou moins posée comme un problème à résoudre, inextricablement ‘ergonomique’, technologique et social. » (p. 501).

« Toute notre thèse repose sur l’idée qu’il faut prendre au sérieux le travail comme expérience, expérience de l’humanité. » (p. 526).

« Dans le rapport maître-esclave, le dernier moment est celui de la ‘Bilden’ ou ‘Bildung’, que J. Hipolyte traduit par ‘culture (ou formation)’, dans la mesure où, commente-t-il, terme très général chez Hegel, il s’agit ici d’une formation de l’individu qui, en formant la chose se forme lui-même. »

 » Le travail est Bildung, formation, culture. » (p. 528).

« Toute activité renvoie au champ énigmatique de l’instrumentation d’un corps (…) à l’enracinement problématique du travail dans la vie. » (p. 531).

 » Tout procès de travail interfère avec le fait que les individus se forment à travers (…) une histoire et des processus toujours singuliers, au sens biologique, mais aussi social et symbolique. »

« Dans quelle mesure les ‘buts’ prescrits par l’autorité qui commande le travail sont-ils ou on compatibles avec ceux des individus et des collectifs qui, pour l’accomplir doivent s’instrumenter eux-mêmes ? » (p. 533).

« L’expérience des forces productives, quoique dominées par le capital, est ‘formatrice’ : c’est pour cela que les salariés se l’approprient partiellement, selon des modalités extrêmement diverses et contradictoires. » (p. 557).

« L’acte est pour L. Sève le premier concept de base d’une telle théorie de l’individu concret. (…) Par opposition aux simples ‘conduites’, l’acte prend une double dimension psychique et sociale. (…) La capacité est le complément dialectique de l’acte : elle est en effet la condition individuelle de l’effectuation de l’acte, mais inversement, l’immense majorité des capacités sont elles-mêmes produites ou développées dans l’individu par un ensemble d’actes qui en sont à leur tour la condition. (p. 586).

« La norme taylorienne homogénéise les temps de cycle, les décompose en gestes assez simples pour apparaître dénués de qualité. » (p. 594).

 » Qu’il y ait une expérience des forces productives est précisément le nœud du problème : il n’y a pas d’expérience si toute situation est reproduction à l’identique d’actes sans qualité. » (p. 597).

« On va à de graves mécomptes quand on se préoccupe d’enseigner les travailleurs sans travailler d’abord à formaliser ce qu’ils savent. » (p. 618).

Gilbert Simondon (1924- 1989)

D’après l’introduction de « L’individuation psychique et collective », paru en 1989 et réédité en 2007, avec une préface de Bernard Stiegler.

Simondon part du problème de l’ontogénèse (la constitution de l’être individuel). Il remarque que la plupart des théories philosophiques s’intéressent surtout à l’individu constitué. Il propose au contraire de considérer comme primordiale l’opération d’individuation.  Il écrit : « L’individu serait alors saisi comme une réalité relative, une certaine phase de l’être qui suppose comme elle une réalité préindividuelle, et qui, même après l’individuation, n’existe pas toute seule, car l’individuation n’épuise pas d’un seul coup les potentiels de la réalité préindividuelle, et d’autre part, ce que l’individuation fait apparaître n’est pas seulement l’individu, mais le couple individu-milieu. » (p. 12). Dans cette conception, le devenir est une dimension de l’être. L’individu est un être en devenir et un être en relation. Il n’est ni stable, ni isolable de son milieu.

« L’être concret, ou être complet, c’est à dire l’être préindividuel est un être qui est plus qu’une unité. » (p. 13).   »L’unité et l’identité ne s’appliquent qu’à une des phases de l’être, postérieure à l’opération d’individuation  (…) elles ne s’appliquent pas à l’ontogénèse entendue au sens plein du terme, c’est à dire au devenir de l’être en tant qu’être qui se dédouble et se déphase en s’individuant. » (p. 14).

« Le vivant conserve en lui une activité d’individuation permanente : il n’est pas seulement résultat d’individuation, comme le cristal ou la molécule, mais théâtre d’individuation. » (p. 16).

« Le vivant résout des problèmes, non pas seulement en s’adaptant, c’est à dire en modifiant sa relation au milieu (…), mais en se modifiant lui-même, en inventant des structures internes nouvelles… » (p. 17).

« Le psychisme est poursuite de l’individuation vitale chez un être qui, pour résoudre sa propre problématique, est obligé d’intervenir lui-même comme élément du problème par son action, comme sujet ; le sujet peut être conçu comme unité de l’être en tant que vivant individué et en tant qu’être qui se représente son action à travers le monde comme élément et dimension du monde.  » (p.19).

Mais le psychisme ne peut se résoudre au niveau de l’être individué seul : il est le fondement de la participation à une individuation plus vaste, celle du collectif. (…) Au collectif pris comme axiomatique résolvant la problématique psychique correspond la notion de transindividuel. » (p. 22).

« Nous entendons par transduction une opération physique, biologique, mentale, sociale, par laquelle une activité se propage de proche en proche à l’intérieur d’un domaine, en fondant cette propagation sur une structuration du domaine opérée de place en place.  »

« L’opération transductive est une individuation en progrès »

« La transduction est l’apparition corrélative de dimensions et de structures dans un être en tension préindividuelle ». (p. 25).

Expéditions 2013-2014

« Expéditions » est une expérimentation à la croisée des chemins de l’art, de la recherche en sciences sociales et de l’éducation populaire, initiée par le plasticien Romain Louvel.

http://agedelatortue.org/?page_id=46

Avec les acteurs associatifs et les familles des quartiers de Maurepas (Rennes), du Ponant (Tarragona) et de Praga (Varsovie), il s’agit de valoriser les ressources culturelles invisibles de territoires trop souvent stigmatisés. La finalité de ce projet s’inscrit dans un horizon de transformation de nos regards sur la ville :
- Réinterroger les idées préconçues concernant les quartiers dits populaires,
- Réinvestir le motif de l’expédition ethnographique pour le déconstruire, y compris sur le plan de l’actualité des attitudes parfois néo-coloniales dans nos disciplines (art, recherche, éducation).

Pour cela, nous organisons des résidences en immersion dans ces trois villes qui donneront lieu, entre autres, à l’édition d’un livre, à la production d’une installation plastique, d’un film documentaire et d’un séminaire international pluridisciplinaire.

Lors de ces trois résidences de trois semaines chacune, une équipe d’explorateurs constituée d’artistes, de chercheurs, d’enfants des quartiers concernés et de pédagogues de rue va à la rencontre notamment des familles, des commerçants et des décideurs politiques locaux de ces trois villes pour collecter des discours concernant :
- Leurs représentations et leurs imaginaires relatifs à la vie quotidienne des quartiers dits populaires,
- La façon dont les gens de Tarragone imaginent ces quartiers à Varsovie ou à Rennes, et vice-versa.

Chacun des explorateurs invente son propre dispositif d’exploration de la ville et des représentations qu’en ont les habitants. Chaque dispositif servira de support à un questionnement central et commun à tous : comment les personnes rencontrées se représentent 1) leur propre quartier, 2) les quartiers de la ville dans lesquels ils n’habitent pas et enfin 3) les deux autres quartiers européens concernés par le projet ?

Rencontre « Expéditions » à Tarragona

L’âge de la tortue co-organise avec ses partenaires du projet Expéditions un séminaire international pluridisciplinaire à l’université Rovira i Virgili de Tarragone les 25 et 26 septembre. Les deux journées s’intéresseront aux questions de stratégie et de de collaborations interdisciplinaires entre artistes, chercheurs et sciences sociales et pédagogues.Le programme complet est à télécharger ici :

Pascal Nicolas-Le Strat y sera, sa contribution porte sur « Entre art et science de la rencontre ». Plus d’information sur son site : http://www.le-commun.fr/

Les concepts ont une mémoire

« ne pas dissocier le problème du sujet de la politique de démocratisation, de l’historicité des instruments conceptuels qu’on utilise pour le poser, et (…) tenir compte de la complexité de cette histoire : une histoire théorique bien sûr, mais toujours déjà affectée intérieurement par l’histoire sociale, économique, politique, idéologique, qui en oriente les significations, les fait bifurquer ou les bouleverse en fonction des revirements des conjonctures. Cela revient à dire que les concepts dans lesquels on interroge les modes de subjectivation dans l’espace politique sont toujours marqués par les conjonctures dans lesquels ils ont été forgés ou transformés, marqués aussi par les effets non théoriques qu’ils produisent dès lors qu’ils s’incorporent dans des institutions, des organisations, des agents collectifs qui se les approprient dans leurs pratiques. Les concepts ont une mémoire, seulement cette mémoire n’est pas purement conceptuelle. En ce sens les concepts de la pensée politique ne sont jamais « purs », et c’est leur impureté spécifique qui doit être précisément analysée : par quoi se définit une position matérialiste dans la pensée politique. »

Guillaume Sibertin-Blanc : « Généalogie, topique, symptomatologie de la subjectivation politique : questions-programme pour un concept politique de minorité » in :  Dissensus – Revue de philosophie politique de l’Université de Liège – N°5 – Mai 2013 – (Dossier Subjectivations politiques et économie des savoirs), p. 104.